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17 janvier 2015 6 17 /01 /janvier /2015 15:38
Revue CAMERA #8 / Portfolio Coco Fronsac

Voilà trente ans que Coco Fronsac arpente chaque week-end ou presque les marchés aux puces, en quête de vieilles photos de famille que les aléas des histoires individuelles ont abandonnées à d’autres mains. Au fil des ans, elle a constitué une collection toujours renouvelée de portraits photographiques anciens, le plus souvent anonymes, datant de la fin du XIXe et de la première moitié du XXe siècle, qu’elle a intégrée à son imaginaire de plasticienne.

Si leur vocation mémorielle d’origine s’est à jamais perdue, Coco Fronsac leur donne une seconde vie en en faisant le support de ses œuvres. Elle joue des postures solennelles, parfois hiératiques, souvent stéréotypées, qui caractérisent ces photos prises à l’occasion d’événements structurants de la vie (naissance, communion, mariage...) et qui reflètent dans le registre photographique les normes et les convenances des trajectoires sociales de ces époques. Elle a ainsi créé un ensemble de séries qui se distinguent et s’entremêlent à la fois pour constituer l’essentiel de son travail pictural, avec des titres évocateurs quant à leurs questionnements sur la mémoire et l’identité : Né(e) sous X, La mort n’en saura rien, Trous de mémoire, et d’autres encore.
Dans sa séri
e la plus récente, Chimères et Merveilles, elle a peint sur ces portraits des sculptures et des masques ancestraux d’Afrique, d’Océanie, d’Asie, des Amériques et même du folklore européen, conjuguant ainsi dans des mises en scène troublantes des expressions artistiques radicalement différentes et pourtant contemporaines, toutes aussi normées par les traditions. Elle s’amuse visiblement de ce décalage, voire de ces oppositions entre les formes et les couleurs, qu’elle accentue à plaisir en peuplant ses compositions d’animaux étranges, de plantes tropicales, de coraux, d’extraits de planches d’anatomie...

En petite-fille des surréalistes et des avant-gardes qui les premiers avaient investi les arts dits primitifs pour révolutionner une civilisation en déclin, Coco Fronsac nous plonge dans un univers onirique, drôlatique, parfois burlesque, où les cultures se mélangent pour engendrer du merveilleux. Au-delà, la série est un hommage vibrant aux artistes les plus emblématiques de ces mouvements, dont elle reproduit des œuvres dans chaque saynette et qui en deviennent eux-mêmes des personnages — figurent ainsi André Breton, Yves Tanguy, Giorgio De Chirico, Marcel Duchamp, Sophie Taeuber-Arp, parmi d’autres. Un hommage que l’on retrouve jusque dans les titres aux résonances surréalistes — Voir au dessus des dessous, Le Rêveur définitif, ou encore L’Œil et les asperges de la lune... — suivis systématiquement de la référence à l’œuvre “citée”, comme pour mieux la préserver.
En revisitant et synthétisant par-delà les différences culturelles photographie, sculpture, peinture, Coco Fronsac apporte ainsi un éclairage tout à fait contemporain, ludique et habité sur les œuvres de ces artistes qui peuplent son imaginaire.

Valentine Plisnier

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  • : Et si la photo ne figeait pas l’instant ? Si elle n’était qu’un commencement, une épreuve ? Travail sur la matière, collage, découpage, colorisation ou juxtaposition… Coco Fronsac joue de notre vision du temps, de notre rapport à l’autre, pour mieux nous projeter dans une nouvelle réalité fluctuante, vivante, subjective… Eric Lorach
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